Sur cette page
- Ce que dit l’arrêté du 1er juin 2026
- Pourquoi cette suppression
- Qui est concerné, et comment le savoir
- Dossier incomplet au 5 juin, le cas qui a piégé le plus de monde
- Au-delà de 9 kWc : ateliers, commerces et exploitations
- Ce qui reste des aides
- Conséquence directe, on dimensionne autrement
- Faut-il encore se lancer
Un propriétaire des environs de Mortagne-sur-Sèvre nous a appelés fin juin avec un devis signé le 12 mai, un acompte versé, et une question qui revenait en boucle : « Ma prime de 480 € est-elle toujours valable ? » La réponse tenait à une seule ligne du portail Enedis, la date de validation de sa demande de raccordement. Elle datait du 3 juin. Il a eu de la chance, à deux jours près. Beaucoup d’autres n’en ont pas eu.
Ce que dit l’arrêté du 1er juin 2026
La prime à l’investissement et l’ancien tarif de rachat du surplus disparaissent pour toute demande complète de raccordement postérieure au 4 juin 2026. L’arrêté du 1er juin 2026 modifie l’arrêté du 6 octobre 2021, que tout le monde du métier appelle « S21 ». Il a été publié au Journal officiel du 4 juin (référence Légifrance JORFTEXT000054190669) et s’applique dès le 5.
Deux choses disparaissent d’un coup : la prime versée jusqu’ici aux installations en autoconsommation avec vente du surplus, et l’ancien tarif de rachat, remplacé par un tarif unique de 1,1 centime par kWh. Sur ce second point, le détail est dans notre article sur le tarif de rachat du surplus EDF OA.
Pour situer l’ampleur du changement, voici le dernier barème appliqué aux dossiers déposés avant la réforme.
| Puissance installée | Prime (2e trimestre 2026) | Exemple |
|---|---|---|
| Jusqu’à 9 kWc | 80 € par kWc, plafond 720 € | 6 kWc : 480 € |
| De 9 à 36 kWc | 120 € par kWc | 20 kWc : 2 400 € |
| De 36 à 100 kWc | 60 € par kWc | 50 kWc : 3 000 € |
Les montants étaient un peu plus élevés au premier trimestre (80, 140 et 70 € par kWc). Pour un particulier, la prime représentait environ 4 % d’un devis de 6 kWc à 11 500 €. La rentabilité d’un projet reposait ailleurs : la prime servait surtout d’argument de vente, et elle ne figure plus dans aucun devis de juillet.
Pourquoi cette suppression
Le texte met en avant un objectif simple : encourager l’autoconsommation, c’est-à-dire la production consommée sur place, plutôt que l’injection sur le réseau. Dans cette logique, l’État ne subventionne plus l’achat du matériel et rémunère à peine le surplus. La rentabilité dépend de l’électricité que vous n’achetez plus.
On peut discuter ce choix, et nous ne cacherons pas qu’il rend les projets mal dimensionnés nettement moins intéressants. Il a toutefois une cohérence : un kWh produit et consommé chez vous vaut le prix du tarif réglementé, soit 0,2001 € TTC depuis août 2026 en Base 6 kVA, quand le même kWh injecté ne rapporte plus que 0,011 €. L’écart est de 1 à 18. La réforme écrit noir sur blanc ce que les études de rentabilité sérieuses disaient déjà.
Qui est concerné, et comment le savoir
Seule compte la demande complète de raccordement, la DCR, déposée auprès d’Enedis sur le portail dédié. La date du devis, de l’acompte ou de la pose n’entre pas en ligne de compte. Une DCR validée avant le 5 juin 2026 garde le régime antérieur, avec la prime au barème en vigueur à ce moment-là et le contrat de rachat aux conditions d’alors. Une DCR postérieure au 4 juin relève du nouveau régime, sans prime.
Trois situations reviennent souvent dans nos échanges :
- Devis et DCR avant le 5 juin : devis signé avant juin, DCR déposée et validée avant le 5 juin, vous conservez vos droits.
- Devis avant juin, DCR après : vous basculez dans le nouveau régime, et l’installateur aurait dû vous en avertir.
- Projet encore en réflexion : le nouveau régime s’applique, sans échappatoire.
Demandez toujours l’accusé de réception Enedis avec la date de dépôt de la DCR : dans un dossier litigieux, il sert de preuve. Méfiez-vous aussi des démarcheurs qui promettent encore « la prime de l’État » dans un devis daté d’après le 5 juin. Elle n’existe plus, et une telle promesse relève de la pratique trompeuse.
Dossier incomplet au 5 juin, le cas qui a piégé le plus de monde
Une demande de raccordement qui attendait une pièce au 5 juin n’était pas complète, et elle a basculé dans le nouveau régime. Le mot « complète » dans « demande complète de raccordement » n’a rien de décoratif. Un dossier déposé fin mai mais renvoyé par Enedis avec une pièce à fournir (plan de situation, schéma unifilaire illisible, attestation de qualification de l’installateur) ne devient complet qu’à l’arrivée de la pièce. D’après les analyses publiées par des acteurs du secteur après l’arrêté, les demandes encore en cours d’instruction au 5 juin, y compris celles qui attendaient un simple complément, n’ont plus pu bénéficier de l’ancien régime, même quand l’installateur avait répondu en quelques heures.
Nous avons eu le cas d’un pavillon près de Luçon : DCR déposée le 29 mai, schéma mal scanné, relance d’Enedis le 2 juin, réponse le 4 au soir, validation le 8. Quatre jours d’écart, 480 € de prime en moins et un tarif de surplus divisé par quatre sur vingt ans. Personne n’avait menti à ce propriétaire : le calendrier s’est joué à une pièce près.
Si vous êtes dans ce cas, relisez d’abord votre contrat : la prime figurait-elle dans le devis comme un acquis, et existe-t-il une clause qui prévoit ce qui se passe si le dossier bascule ? Demandez un avenant chiffré plutôt qu’un accord verbal. En cas de désaccord, un conseil juridique ou une association de consommateurs sera plus utile que nous, qui ne sommes pas juristes.
Attention : la date à retenir est celle de la validation d’une demande complète. Celle du premier dépôt peut la précéder de plusieurs jours sur le portail Enedis. Demandez les deux dates à l’installateur, par écrit.
Au-delà de 9 kWc : ateliers, commerces et exploitations
La suppression touche aussi les installations jusqu’à 100 kWc. Les tranches de 9 à 36 kWc (120 € par kWc) et de 36 à 100 kWc (60 € par kWc) disparaissent, et le tarif de 1,1 c€ par kWh s’applique, selon les synthèses de l’arrêté, à toutes les installations jusqu’à 100 kWc. Au-delà, le dispositif relève d’appels d’offres simplifiés, dont nous ne détaillons pas ici les conditions.
Pour une exploitation d’élevage ou un atelier, la conséquence est la même que pour une maison, en plus marquée : l’économie repose sur la part de production que le bâtiment consomme lui-même. Traite, ventilation, groupe froid, séchage, ou machines d’un atelier qui tournent en journée : ces usages fixent la puissance raisonnable avant la taille de la toiture. Bertrand, notre référent agricole, part toujours de la courbe de charge réelle avant de parler de kWc. Notre page sur le hangar photovoltaïque agricole en Vendée et celle des panneaux solaires pour les professionnels détaillent la démarche.
Pour résumer l’avant et l’après sur un même tableau :
| DCR validée avant le 5 juin 2026 | DCR à partir du 5 juin 2026 | |
|---|---|---|
| Prime jusqu’à 9 kWc | 80 € par kWc, plafond 720 € | Supprimée |
| Prime de 9 à 36 kWc | 120 € par kWc | Supprimée |
| Surplus jusqu’à 9 kWc | 4 c€ par kWh | 1,1 c€ par kWh |
| Vente totale jusqu’à 9 kWc | Ouverte | Fermée |
| Durée du contrat d’achat | 20 ans | 20 ans |
Un contrat conclu avant cette date garde ses conditions d’origine, sans renégociation à la baisse. C’est la seule bonne nouvelle du tableau, et elle ne profite qu’à ceux qui ont déjà signé.
Ce qui reste des aides
La suppression de la prime ne ferme pas toutes les portes : la TVA à 5,5 % reste applicable jusqu’à 9 kWc en logement. Elle suppose un installateur qualifié RGE QualiPV et le respect des critères du BOFiP du 22 octobre 2025, dont un système de gestion d’énergie. Elle tombe à 20 % sur tout le devis dès qu’une batterie y figure, nous y revenons dans notre calcul sur la batterie solaire et la TVA à 20 %.
Pour le reste, soyons clairs, car des sites tiers entretiennent encore la confusion : MaPrimeRénov’ et l’éco-PTZ ne financent pas le photovoltaïque. Quant aux aides locales, nous n’en connaissons aucune pour les particuliers en Vendée, ni au niveau départemental ni régional. Le guide pratique sur les aides aux panneaux solaires en Vendée fait le point sur ce qui subsiste, avec la mention de la dernière vérification.
Conséquence directe, on dimensionne autrement
La puissance au-delà de votre consommation de journée ne rapporte presque plus rien. Avant, une installation un peu trop grande restait rentable parce que chaque kWc supplémentaire ouvrait droit à une prime et que le surplus se vendait plusieurs fois plus cher qu’aujourd’hui.
Voici ce que donnent les calculs à La Roche-sur-Yon, plein sud, avec le productible PVGIS (1 266 kWh/kWc/an) minoré de 5 %, un kWh évité à 0,2001 € et un surplus à 0,011 €. Les taux d’autoconsommation sont des hypothèses courantes, à affiner avec votre courbe de charge.
| Projet | Production annuelle | Autoconsommation | Gain annuel | Prix posé TTC | Retour |
|---|---|---|---|---|---|
| 3 kWc | 3 610 kWh | 60 % | 449 € | 7 500 € | 17 ans |
| 6 kWc | 7 220 kWh | 45 % | 694 € | 11 500 € | 17 ans |
| 9 kWc | 10 830 kWh | 35 % | 835 € | 15 500 € | 19 ans |
Passer de 6 à 9 kWc coûte 4 000 € de plus pour 141 € de gain annuel supplémentaire, soit 28 ans de retour sur ce seul supplément. Le passage de 3 à 6 kWc, à 245 € de gain pour 4 000 €, reste défendable, autour de 16 ans. La bonne puissance se cale désormais sur votre consommation de journée.
À retenir : sans prime ni rachat significatif, la règle devient : produire ce que vous consommez. Une maison où l’on travaille à domicile et où tourne un ballon d’eau chaude piloté n’a pas le même dimensionnement qu’un pavillon vide de 8 h à 18 h.
Dans les faits, cela pousse vers des puissances plus raisonnables pour les foyers absents en journée, vers un pilotage des gros consommateurs (ballon, pompe à chaleur, recharge de véhicule) et, pour les bâtiments agricoles ou professionnels, vers un raisonnement en autoconsommation pure. Le littoral, où le productible atteint 1 343 kWh/kWc à Saint-Gilles-Croix-de-Vie contre 1 235 à Pouzauges, avantage d’environ 8 %, ne renverse pas cette logique. Il raccourcit un peu le retour, sans le transformer.
Faut-il encore se lancer
Cela dépend de votre profil et de vos usages en journée. Un retour de 15 à 19 ans sans prime est long, mais les panneaux sont garantis 25 à 30 ans et vous produisez pendant que le prix de l’électricité peut évoluer, à la hausse comme à la baisse. Si vous prévoyez de vendre la maison dans cinq ans, le calcul est différent. Si vous restez et que vos usages sont en journée, il tient encore.
Pour tester votre cas sur votre commune et votre orientation, le simulateur de panneaux solaires en Vendée applique exactement ces hypothèses, que vous pouvez modifier. Si votre dossier est à cheval sur la date du 5 juin, dites-le lors du rappel : c’est souvent là que se jouent les droits acquis. Les autres analyses de la réforme, avec leurs calculs, sont regroupées dans notre blog sur le photovoltaïque en Vendée.
Article rédigé par Anaïs, en charge des démarches (déclaration préalable, Consuel, raccordement Enedis, contrat EDF OA) chez Panneau Solaire Vendée. Données vérifiées en septembre 2026.
Les questions reçues au bureau d'étude
La prime à l'autoconsommation existe-t-elle encore en 2026 ?
Plus pour un nouveau projet. L'arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel du 4 juin, l'a supprimée pour toutes les demandes complètes de raccordement postérieures au 4 juin. Seuls les dossiers validés avant cette date conservent leur prime.
J'ai signé mon devis en mai, ai-je encore droit à la prime ?
La date qui compte est celle de la demande complète de raccordement (DCR) auprès d'Enedis, celle du devis n'intervient pas. Si elle est validée avant le 5 juin 2026, l'ancien régime s'applique. Demandez à votre installateur la copie de l'accusé de réception.
Quel était le montant de la dernière prime ?
Pour le deuxième trimestre 2026, le barème était de 80 € par kWc jusqu'à 9 kWc (720 € au maximum), puis 120 € par kWc de 9 à 36 kWc et 60 € par kWc de 36 à 100 kWc.
Faut-il renoncer au solaire sans la prime ?
Pas forcément, mais il faut le dimensionner autrement. Sans prime, le retour sur investissement se situe plutôt entre 15 et 19 ans pour un particulier. L'installation se justifie quand elle consomme l'essentiel de sa production sur place.
Tarif rachat EDF OA : le surplus solaire à 1,1 centime, contrat de 20 ans
Batterie solaire : quand la TVA à 20 % rend l'addition lourde, le calcul sur 6 kWc