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Un couple de retraités près de Challans s’inquiétait de ses 4 000 kWh de surplus injectés chaque année « pour presque rien ». Leur ballon de 200 litres chauffait la nuit, en heures creuses, pendant que l’onduleur donnait au réseau la production de l’après-midi. Nous n’avons rien posé de spectaculaire : on a déplacé la chauffe de 2 h du matin vers 13 h. Le matériel existait déjà. Ce genre de réglage est le levier de rentabilité le moins cher de l’autoconsommation.
Pourquoi le ballon est le bon candidat
Le ballon stocke de la chaleur, n’exige pas qu’on soit présent et absorbe plusieurs kWh d’un coup, ce qui en fait le premier usage à déplacer vers midi. La règle est simple depuis la réforme du 5 juin 2026 : un kWh consommé sur place vaut 0,2001 € (tarif réglementé Base 6 kVA, août 2026), un kWh injecté 0,011 €. Il faut donc remplir la journée d’usages. Le ballon d’eau chaude est idéal pour cela : il stocke de la chaleur pour quelques heures, il n’exige pas qu’on soit là, et il absorbe plusieurs kWh d’un coup.
Un petit calcul physique pour situer l’ordre de grandeur. Chauffer 200 litres de 15 à 55 °C demande environ 9,3 kWh. Un ballon ne se vide jamais entièrement chaque jour, mais il peut à lui seul avaler l’essentiel d’un surplus d’été. Et si vous avez acheté une installation avec la TVA à 5,5 %, vous avez déjà un système de gestion d’énergie exigé par les critères du BOFiP : le pilotage du ballon en est l’usage le plus courant.
Heures creuses ou heures solaires
Tant que le soleil fournit un surplus, le solaire bat les heures creuses. Sur le papier, les heures creuses ont une vertu : le kWh nocturne coûte moins cher que celui des heures pleines. Mais lorsque vous produisez, l’arbitrage est plus net. Un kWh solaire envoyé dans le ballon ne vous coûte rien, il vous prive seulement de 0,011 € de revente. Un kWh de nuit, même en heures creuses, reste acheté au réseau. Tant que le soleil fournit un surplus, il bat donc les heures creuses.
Le piège serait d’en conclure qu’il faut les supprimer. De novembre à février, la production d’un toit vendéen ne suffit pas à chauffer un ballon. Le bon réglage est à deux niveaux : priorité au solaire dans la journée, avec un contact heures creuses maintenu en secours pour que le ballon soit chaud au matin si le ciel est resté bouché. Un thermostat ou la régulation du routeur évite que les deux se marchent dessus.
| Mode de chauffe | Quand | Ce que coûte le kWh | Limite |
|---|---|---|---|
| Heures creuses seules | Nuit | Acheté au réseau, tarif heures creuses | Ne profite pas du solaire |
| Programmation horaire (13 h par exemple) | Midi | Solaire si ensoleillé, sinon réseau | Chauffe même sans surplus |
| Routeur solaire | Dès qu’il y a du surplus | Surplus, sans injection | Matériel en plus, réglage à faire |
| Routeur + heures creuses en secours | Toute l’année | Surplus d’abord, réseau la nuit | Le plus complet, le plus fiable |
Le routeur solaire au quotidien
Un routeur solaire envoie au ballon exactement la puissance que la maison injecterait sur le réseau. Il mesure en continu ce que votre maison injecte sur le réseau, via une pince ampèremétrique posée sur le câble d’arrivée ou une communication avec l’onduleur. Il envoie alors exactement cette puissance vers la résistance du ballon, en la modulant par à-coups très rapides. Le ballon chauffe donc « à la carte », avec tout ce qui serait parti gratuitement chez le voisin.
Le routeur déplace l’énergie sans en créer : si votre ballon est déjà chaud, il n’absorbe plus rien. C’est pour cela qu’il gagne à se combiner avec d’autres usages décalés, comme le lave-linge, le lave-vaisselle ou une recharge de véhicule. Sur ces appareils, une simple programmation de départ différé sur le créneau 12 h à 16 h suffit.
Conseil de Julien : vérifiez que votre ballon accepte la modulation de puissance, et que le routeur prévoit une montée régulière à 60 °C pour limiter le risque de légionelle. Ce point relève de la fiabilité sanitaire.
Routeur, gradateur et relais, le contenu du boîtier
Derrière le mot « routeur solaire », on trouve trois technologies, et la différence se voit à la facture comme au comportement du ballon. Le plus simple est le relais tout-ou-rien : quand le surplus dépasse un seuil, il enclenche la résistance à pleine puissance, et la coupe quand il retombe. Il fonctionne, mais une résistance de 2 kW qui s’allume par un petit surplus de 600 W tire le reste sur le réseau.
Le gradateur, lui, module la puissance envoyée à la résistance avec un triac, un composant électronique qui ne laisse passer qu’une fraction de chaque alternance du courant, ou qui découpe le courant en trains d’ondes. Il ajuste ainsi la puissance en continu, watt par watt, à ce que l’installation injecte. C’est la fonction du routeur solaire proprement dit, souvent couplée à une mesure par pince ampèremétrique sur la phase d’arrivée.
| Solution | Principe | Forces | Limites |
|---|---|---|---|
| Relais tout-ou-rien | Enclenche la résistance à partir d’un seuil | Simple, peu coûteux | Injecte ou tire du réseau autour du seuil |
| Gradateur à triac (routeur) | Module la puissance en continu | Suit le surplus, presque zéro injection | Compatibilité avec le ballon à vérifier |
| Gestion d’énergie avec contact sec | Autorise la chauffe sur un signal | Convient aux thermodynamiques | Fonction tout-ou-rien côté ballon |
Le point qui fâche est la compatibilité. Un gradateur se marie bien avec un ballon à résistance électrique, de préférence de type stéatite, moins sensible à l’entartrage que la résistance blindée classique. Il ne s’applique pas à tous les ballons thermodynamiques : plusieurs modèles, notamment ceux dotés de cartes de régulation de type ACI, n’acceptent pas la modulation par triac et se pilotent par un contact sec ou une commande dédiée. Avant de choisir le matériel, consultez la notice du ballon et demandez au fabricant ce qu’il autorise. Le thermostat de sécurité du ballon reste actif quel que soit le routeur et protège la cuve en cas de surchauffe.
Le calcul sur 6 kWc à La Roche-sur-Yon
Piloter le ballon rapporte environ 205 € par an sur 6 kWc dans nos hypothèses. Hypothèses : 6 kWc plein sud, productible PVGIS de 1 266 kWh/kWc minoré de 5 %, soit environ 7 220 kWh par an. Sans pilotage, l’autoconsommation typique tourne autour de 35 %, soit 2 530 kWh consommés et 4 690 kWh injectés. Avec un ballon piloté, on monte vers 50 %.
| Sans pilotage | Avec ballon piloté | |
|---|---|---|
| Autoconsommation | 35 % | 50 % |
| kWh consommés sur place | 2 530 | 3 610 |
| kWh injectés | 4 690 | 3 610 |
| Économie sur la facture (0,2001 €/kWh) | 506 € | 722 € |
| Revente du surplus (0,011 €/kWh) | 52 € | 40 € |
| Gain annuel | 558 € | 762 € |
Le pilotage apporte environ 1 080 kWh déplacés, et 205 € de gain annuel. Ce chiffre donne un ordre de grandeur : avec trois personnes qui consomment peu d’eau chaude, le ballon absorbe moins, avec une famille de six personnes plus. Le calcul ne couvre pas l’hiver, où il ne restera de toute façon presque pas de surplus.
En comparaison, nous avons vu dans notre calcul sur la batterie solaire et la TVA à 20 % qu’une batterie de 5 kWh gagne environ 270 € par an pour 6 080 € de surcoût. Déplacer le ballon rapporte donc à peu près autant, pour un matériel d’un tout autre ordre de prix. Dans l’ordre des priorités, nous plaçons le pilotage avant le stockage.
Heures creuses, Tempo et jours rouges
Le pilotage solaire peut rendre l’option heures creuses moins intéressante, et les jours rouges Tempo demandent un réglage précis. La phrase « le solaire bat les heures creuses » est vraie à l’échelle d’un kWh, mais elle cache un effet de bord sur le contrat. L’option heures pleines/heures creuses est rentable quand une part suffisante de la consommation se fait la nuit, le ratio d’équilibre moyen étant d’environ 26 % depuis la révision de février 2026, selon Hello Watt. Or le ballon est très souvent le premier consommateur de ces heures creuses. Si le pilotage solaire le déplace vers midi, votre part nocturne diminue, et l’option peut cesser d’être la bonne. Il vaut mieux refaire la comparaison avec le tarif de base après quelques mois de relevés, plutôt que de la supposer acquise.
Le cas de l’option Tempo est plus tranché encore. Elle distingue trois couleurs de jours, 300 bleus, 43 blancs et 22 rouges par an, avec des heures creuses fixes de 22 h à 6 h. Les jours rouges (jamais le week-end ni les jours fériés), le kWh en heures pleines dépasse 0,70 € d’après les grilles publiées cette année (à vérifier sur la grille en vigueur). Un ballon qui chauffe sous le soleil en plein mois de juillet ne se soucie pas de la couleur du jour. Mais en hiver, un jour rouge où le ballon s’enclenche en heures pleines par défaut de programmation coûte très cher. Le bon réglage consiste à bloquer la chauffe en heures pleines les jours rouges, ou à la verrouiller sur la plage 22 h à 6 h.
Dans tous les cas, le surplus solaire que vous ne consommez pas vaut 0,011 € le kWh, comme nous l’expliquons dans notre article sur le tarif de rachat du surplus EDF OA. La règle du ballon est donc toujours la même : solaire d’abord, heures creuses en secours, jamais d’heures pleines.
Mise en route, dans le bon ordre
Cinq étapes suffisent pour une installation existante ou en projet :
- Relevez la consommation actuelle du ballon sur une semaine (compteur dédié ou sous-comptage).
- Vérifiez sa puissance, son volume, son âge et s’il accepte un pilotage externe.
- Choisissez entre simple programmation horaire et routeur, selon le surplus réel.
- Conservez le contact heures creuses en secours pour l’hiver.
- Contrôlez au bout d’un mois la courbe de production, sur l’application de l’onduleur.
Si vous êtes en phase de projet, parlez-en dès l’étude : c’est la meilleure occasion d’intégrer la gestion d’énergie et le dimensionnement de concert. Notre page sur l’installation de panneaux solaires en Vendée décrit le déroulé de A à Z, et le simulateur de panneaux solaires vous permet de tester un taux d’autoconsommation plus élevé pour voir l’effet sur le retour. Les autres calculs de ce type sont à retrouver dans le blog du photovoltaïque en Vendée.
Article rédigé par Julien, chargé d’études chez Panneau Solaire Vendée. Calculs effectués en septembre 2026 sur des hypothèses indiquées dans le texte.
Les questions reçues au bureau d'étude
Qu'est-ce qu'un routeur solaire ?
C'est un boîtier qui mesure l'énergie injectée sur le réseau et renvoie automatiquement ce surplus vers une résistance, le plus souvent celle du ballon d'eau chaude. Il module la puissance en continu pour que rien ne parte sur le réseau tant que le ballon peut absorber.
Faut-il garder les heures creuses avec des panneaux solaires ?
Oui, en secours. L'été, le ballon chauffe au soleil. L'hiver et par temps couvert, le contact heures creuses prend le relais pour garantir l'eau chaude. Les deux réglages se combinent : priorité au solaire, appoint à la nuit.
Un ballon thermodynamique est-il compatible avec le pilotage solaire ?
Oui, par une commande de type contact sec ou un pilotage dédié, mais il absorbe moins de surplus qu'un ballon à résistance, car son compresseur consomme environ trois fois moins pour la même chaleur. Le gain d'énergie est meilleur, le gain d'autoconsommation plus modeste.
Quel gain attendre du pilotage du ballon ?
Sur 6 kWc à La Roche-sur-Yon, faire passer l'autoconsommation de 35 à 50 % représente environ 1 080 kWh et 205 € par an, dans nos hypothèses. Le gain dépend de la taille du ballon, du nombre de personnes et de la présence en journée.
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